Organisée du 5 au 11 octobre, la Semaine bleue coïncide avec un budget 2027 qui retire 200 millions d’euros à l’agence chargée de financer l’adaptation des logements. Le crédit d’impôt a disparu en janvier. Reste MaPrimeAdapt’, plafonnée à 15 400 euros, dont le guichet était resté fermé près de deux mois l’hiver dernier.
À Thouars, dans les Deux-Sèvres, un couple de 80 ans en bonne santé a fait remplacer l’escalier de sa maison par un ascenseur, la baignoire par une douche à receveur extra-plat, et poser un WC surélevé. Les menuiseries, la cuisine et le salon ont été refaits au passage. Le chantier a duré quatre mois et coûté 80 000 euros, dont 11 000 euros pris en charge par MaPrimeAdapt’. L’exemple vient du réseau illiCO travaux, qui a conduit l’opération et en tire une comparaison : les 69 000 euros restants équivalent, selon lui, à treize mois d’hébergement à deux en établissement.
Le calcul mérite d’être refait avec les chiffres publics. La Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) évalue le tarif moyen d’un Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) à 2 164 euros par mois dans une chambre habilitée à l’aide sociale et à 3 128 euros dans une chambre qui ne l’est pas, avant aides, sur des données 2024. À Paris, ces moyennes atteignent 2 921 et 5 106 euros. Pour un couple, la facture annuelle se situe donc entre 52 000 et 75 000 euros en moyenne nationale. Les 69 000 euros de Thouars représentent de onze à seize mois de séjour, selon la chambre. Le montant de 2 620 euros par mois, repris dans plusieurs communiqués, vient d’un calcul du service d’orientation Cap Retraite sur les seules chambres non habilitées. Après aides, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) estimait le reste à charge moyen à un peu moins de 2 000 euros par mois, sur des données de 2019.
Selon l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), 22,2 % des habitants ont 65 ans ou plus. Quelque 2,03 millions de personnes de 60 ans ou plus étaient en perte d’autonomie en 2021 et elles seraient près de 2,8 millions au début des années 2050. Interrogés par l’Ifop pour le laboratoire Biogaran en avril 2025, 94 % des 65 ans et plus disaient vouloir vieillir à domicile.
Une seule aide nationale, sous conditions de ressources
MaPrimeAdapt’, distribuée par l’Agence nationale de l’habitat (Anah), s’adresse aux personnes de 70 ans ou plus, à celles de 60 à 69 ans en perte d’autonomie précoce et aux personnes handicapées, si leurs revenus sont classés modestes ou très modestes. Elle couvre 50 % ou 70 % de travaux plafonnés à 22 000 euros hors taxes, soit 11 000 ou 15 400 euros au mieux. En Île-de-France, le plafond de la catégorie modeste est de 29 253 euros de revenus annuels pour une personne seule, d’après les barèmes repris par la presse spécialisée. L’Anah a compté 36 740 logements adaptés en 2025.
Le crédit d’impôt de 25 % qui complétait le dispositif est supprimé pour les dépenses payées depuis le 1er janvier 2026. Une partie des travaux relève d’une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 10 % dans un logement de plus de deux ans, à l’exclusion des gros équipements comme l’ascenseur, et l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), plafonnée de 811,52 à 2 080,33 euros par mois selon le degré de dépendance, peut financer des aides techniques.
Les devis vont de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers d’euros. illiCO travaux avance 150 à 400 euros pour une barre d’appui posée, 3 000 à 7 000 euros pour remplacer une baignoire par une douche, 3 000 à 6 000 euros pour un monte-escalier droit, 7 000 à 15 000 euros s’il est tournant, et de 20 000 à 40 000 euros pour un ascenseur privatif. Son directeur général, Thierry Abriat, observe que « beaucoup de seniors y renoncent, découragés par la complexité des démarches » de MaPrimeAdapt’. Il ajoute qu’« adapter son logement à 75 ans, en bonne santé, c’est se donner les moyens d’y rester longtemps ».
Le budget 2027 serre l’enveloppe
Le projet de loi de finances ramène la dotation de l’État à l’Anah de 1,4 à 1,2 milliard d’euros, en invoquant le recentrage de la rénovation énergétique. La part réservée à l’adaptation n’est pas précisée. Le projet de loi de financement de la sécurité sociale prévoit de son côté 200 millions d’euros pour 3 700 recrutements en Ehpad et une hausse de 3,3 % des dépenses consacrées aux personnes âgées. Il annonce aussi un « recentrage du barème » de l’APA, dont le gouvernement attend 250 millions d’euros d’économies pour les départements. Le réseau DOMetVIE, spécialisé dans l’adaptation des logements, a résumé l’objection dans un message aux rédactions : « 200 M€ pour les EHPAD, mais combien pour éviter d’y entrer ? »
Ceux qui ont un projet ont intérêt à surveiller le calendrier. L’hiver dernier, le dépôt des dossiers a été suspendu au tournant de l’année. Le guichet n’a rouvert que le lundi 23 février, à midi.


